L'Été 2016

Avant-dernier volet, avec quelques mots sur l'économie et la violence avant.

Politique de l'Essai
21 min ⋅ 24/10/2026

Bon, avant toute parenthèse, il faut enjoindre les abonnés à cette infolettre de lire un essai plus court et bien plus essentiel que celui-ci, sur Olechky assiégée et affamée par les Russes. Inutile sur le fait de remarquer que l’on ne trouve plus depuis longtemps un seul drapeau ukrainien dans les manifestations de gauche peuplées en théorie d’internationalistes… Mais voici donc, et autant honorer Esprit: https://esprit.presse.fr/actualites/veronique-nahoum-grappe/olechky-si-ce-n-est-pas-un-siege-c-est-un-ghetto-46882

(Les affiches pour la MIF Expo, en bon français le salon du Fabriqué en France, essaiment dans le XVème ; mais pour la première fois l’on s’autorise à les regarder avec amertume. Ce rendez-vous automnal tant célébré après 2020, où tout le monde pensait que les Français ne rechigneraient plus à sortir quelques centaines d’euros en plus par an pour relocaliser quelques productions, sonne bien paradoxal quand la cousine d’une amie annonce des licenciements chez Royal Mer ; que Fibre Excellence à Saint-Gaudens frôle la liquidation définitive avant qu’un repreneur se manifeste ce vendredi ; que Stellantis met quatre usines françaises au chômage partiel. Même quand l’auditeur volontariste promet de se racheter deux pulls de la première marque, cela sonne comme du faux courage, du geste inutile. Personne n’admettra la récession frappant le pays, la consommation plus que jamais atone puisque chaque samedi en centre-ville devient maintenant une cible et que même des librairies craignent pour leurs vitrines. Pourquoi ne penser qu’à eux d’ailleurs, puisque les tenanciers des tabacs Boulevard de Bonne-Nouvelle ou Boulevard Beaumarchais regardaient les passants au-delà de l’air navré dimanche matin. Même les visites de candidats putatifs à ce salon, même les sourires affirmés de Nicolas Dufourcq, un des dix meilleurs personnages français de l’époque, ne suffiront pas à nous y faire croire, puisque tous, même les intellectuels et les belles âmes, veulent s’asseoir sur leur capital et attendre que la déferlante passe dans six mois. Ou ne passe pas d’ailleurs ; mais les consommateurs rejoindront dans leurs actes privés l’attentisme des grandes entreprises et des PME depuis juillet 2024, puisqu’à l’incertitude politique et normative s’ajoute la reproduction du sentiment diffus connu par les passants à l’automne 2018, à Paris et ailleurs. Les cinéphiles ne relèveront même pas que le couvre-feu contraint Les Halles, cinéma réalisant le plus de box-office dans le monde, à supprimer la dernière séance ; et là se raviveront quelques souvenirs de salles fermant en urgence en 2020-2021. Bref, une semaine infâme économiquement, et un coq sur une affiche, ou quelques investissements à venir, n’y changeront rien. Ce pessimisme ne procède même pas du jeu, puisque dimanche à Odéon nous nous retrouvâmes à deux pour découvrir le sublime Corset, qu’à midi trente le MK2 Bastille Faubourg Saint-Antoine comptait deux agents de sécurité devant les caisses, mais là nous arrivâmes neuf pour rire devant L’Espèce Explosive. Sortir, et marcher jusqu’à Filles du Calvaire avec encore moins de monde que pendant les confinements sur les trottoirs. Le marcheur féru d’Histoire se souvient alors des pages de Catulle Mendès ou Jules Claretie racontant combien la bourgoisie parisienne s’enfuit pour quelques semaines ou quelques mois dès la fin mars 1871, avant le bouclage de la ville par la Commune. Ses résidences secondaires ne se trouvent certes plus dans les Yvelines ou l’Orne aujourd’hui, un peu plus sur la côte ; et surtout elle sait attendre quand les taux d’intérêt augmentent, ce qui, s’ajoutant à la précarité croissant des autres franges de la population francilienne, préfigurent quelques redressements de commerces, dont le Tribunal sur l’île de la Cité ne devrait pas chômer en 2027… Honte de vivre dans une ville, une région, un pays semble-t-il, où les commerçants comme les clients comme les riches comme les cinéphiles comme les libraires se planquent, pas même comme d’habitude dans les deux semaines avant une présidentielle mais dès l’automne la précédant)

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